Si ce n'était pas vrai il y a quelques années, ça l'est certainement aujourd'hui. Le "hacking", ce n'est pas juste pour rire ou rendre public des documents secrets. C'est une menace majeure pour la sécurité internationale.
Entamée il y a cinq ans, l'opération baptisée Shady RAT (Remote Access Tool ou Outils d'accès à distance) est une cyber-attaque à l'échelle mondiale qui a visé 72 entités dans plusieurs pays sans que personne ne s'aperçoive.
Dans un rapport de 14 pages concernant les attaques publié le mercredi 03 août 2011, McAfee détaille cette opération qui représente la plus vaste cyber-attaque jamais découverte.
Parmi les rangs des victimes de cette opération l’on trouve au moins dix sous-traitants du gouvernement, une douzaine d’agences locales et fédérales du gouvernement américain, des industriels de tout type (fabrication de satellites, industrie électronique, travaux publics, énergie, télécommunications…) et même une paire de spécialistes de la sécurité informatique. Plus étonnant, les attaquants ont montré un intérêt particulier pour les Jeux Olympiques : parmi les victimes figurent plusieurs comités Olympiques (en Asie notamment) et l’Agence Mondiale contre le dopage…
Techniquement les attaquants ont suivi dès 2006 une approche devenue classique : un email de phishing ciblé, un site web piégé qui tente d’exploiter une quelconque vulnérabilité du navigateur de la victime, puis l’installation sur son poste d’un malware chargé d’en offrir le contrôle à distance (RAT). Une fois installé le malware récupérait ses instructions en allant lire des commentaires spécifiques ajoutés au code source de sites web compromis. Les pirates prenaient alors le relai et installaient manuellement de nouveaux malwares de contrôle à travers le réseau, afin de s’assurer une présence à long terme chez leur victime.
Sur la nature des données dérobées, McAfee est sûre d’un pillage en règle. « Ce que nous observons depuis ces six dernières années est un transfert de richesses de proportions historiques. Des secrets d’Etat, des codes sources, des bases de données de vulnérabilités, des archives d’emails, des plans de négociations pour des forages de pétrole et de gaz, des contrats, des configurations SCADA, des plans de construction.. tout a été dérobé à des sociétés occidentales« , explique Dmitri Alperovitch, VP Threat Research chez McAfee dans le rapport.
McAfee n'a pas pû déterminé la façon dont les hackers ont pu les exploiter, « cependant, même si une fraction seulement d'entre elles est utilisée pour concevoir des produits plus compétitifs ou battre un concurrent dans une négociation clef, cette perte représente une menace économique massive » explique le rapport.
Qui peut bien être derrière une telle opération ? Le rapport affirme la présence d'un « acteur étatique » à la tête de cette vague de cyber-attaques sans précédent : en d'autres termes, un pays se cacherait derrière l'opération et tout le monde pense à la Chine car le profil des informations volées pointe en sa direction. L’intérêt marqué pour les Jeux Olympiques, par exemple : les attaques ont commencées à l’été 2007, soit un an avant les Jeux Olympiques d’été de 2008 organisés par la Chine. Il y a aussi la position géographique des victimes: la Corée du Sud est ainsi particulièrement visée, ainsi que d’autres voisins chinois (Vietnam, Taiwan, Inde, Indonésie…). Et Hong-Kong (une province chinoise relativement autonome de fraîche date) ou Taiwan figurent également parmi les victimes. Les Etats-Unis, cependant, conservent la part du lion en matière d’intrusions dans cette opération, ce qui ne surprendra guère.
Patrick TAKOUGNADI
Consultant en Sécurité Informatique
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